Après sa débâcle électorale, Ecolo a consulté 18 500 citoyens en Wallonie et à Bruxelles. Résultat sans appel : le parti doit changer « radicalement, maintenant ». Si 67 % jugent qu’un parti écologiste est indispensable, seuls 14 % entendent parler d’Ecolo sur le terrain. Les coprésidents Marie Lecocq et Samuel Cogolati annoncent la création d’un nouveau mouvement d’écologie populaire, avec un coup d’envoi prévu le 22 avril, Journée de la Terre. Une refondation ou un dernier sursaut ?
Après une déroute électorale cuisante, Ecolo a lancé une initiative inédite en janvier : écouter avant d’agir. Pendant un mois, les coprésidents Marie Lecocq et Samuel Cogolati ont sillonné les marchés, les gares et les supermarchés de Wallonie et de Bruxelles, épaulés par des centaines de militants. Résultat : 18 500 personnes consultées, un chiffre sans précédent pour un parti politique belge. À tous, une seule question a été posée : Quelle écologie voulez-vous ?
Le constat est clair et brutal. Un double cri d’alarme s’élève de cette « Enquête populaire » : la planète et la démocratie sont en danger. 81 % des répondants se disent inquiets pour l’état de la planète, dont 45 % « très inquiets ». Même parmi ceux qui se déclarent très éloignés d’Ecolo, 71 % partagent cette inquiétude environnementale. Et 58 % se disent prêts à faire des sacrifices pour préserver la planète.
Mais l’autre face du diagnostic est politique : 63 % des participants ne font pas confiance aux politiques (83 % si on ajoute ceux qui ont « un peu » confiance), et seuls 14 % entendent encore parler d’Ecolo sur le terrain. Pourtant, deux tiers veulent davantage participer aux décisions démocratiques, ce qui montre une volonté d’implication citoyenne malgré la défiance.
Concilier écologie et préservation du pouvoir d’achat
Parmi les priorités exprimées par les citoyens : vivre dans un environnement sain (61 %), être en bonne santé (60 %), et boucler la fin du mois (34 %). Autrement dit : écologie, santé et pouvoir d’achat. Quant aux mots associés spontanément à « Ecolo », on retrouve « environnement », « écologie », mais aussi « intransigeance » et « gauche », ce qui révèle une image encore fortement polarisée.
Loin de se voiler la face, la direction d’Ecolo parle d’électrochoc. Si 67 % des personnes interrogées estiment qu’un parti écologiste reste indispensable, seuls 26 % pensent qu’il est nécessaire que ce parti s’appelle encore « Ecolo ». Un tiers des jeunes (16-35 ans) réclame même un changement de nom. Chez les indépendants et les hommes, l’insatisfaction envers la participation d’Ecolo au gouvernement est particulièrement marquée (respectivement 40 % et 41 % de mécontents).
Dans un message sans détour, Samuel Cogolati reconnaît l’ampleur de la tâche : « L’écologie ne peut pas être déléguée aux autres partis. Mais il faut avoir la lucidité et l’humilité de l’avouer : pas dans la forme actuelle d’Ecolo. » Et Marie Lecocq de conclure : « Alors on change. Mais pas seuls ! On ouvre grand les portes et les fenêtres. Et on lance un nouveau mouvement d’écologie populaire. Plus grand. Plus ancré dans les vérités scientifiques. Plus audacieux. »
La Rédaction
(Photo Belga : Nicolas Maeterlinck)