Alors que Boualem Sansal, 80 ans, est détenu depuis plus de 120 jours à Alger, le Comité de soutien international, présidé par Noëlle Lenoir, appelle à manifester demain mardi à 17h, Place Édouard Herriot (Paris VIIᵉ), devant l’Assemblée nationale. Objectif : empêcher l’oubli et réclamer, sans relâche, la libération immédiate de l’écrivain franco-algérien.
Dans une interview accordée à Valeurs actuelles, Noëlle Lenoir dénonce un procès expéditif – 30 minutes seulement – et une série de violations graves des droits de la défense. Sansal n’a pas pu choisir librement son avocat, souffre d’un cancer sans suivi médical documenté, et a été jugé à huis clos. Le procureur a requis dix ans de prison ferme, pour des chefs d’inculpation jugés absurdes : « atteinte à l’unité nationale », « pratiques nuisibles à l’économie », ou encore détention de publications jugées subversives.
« Rien n’altèrera notre volonté d’aller jusqu’au bout de notre action », déclare Lenoir, qui s’alarme du silence d’Alger face aux demandes de coopération médicale et dénonce une véritable persécution politique. Pour le Comité, cette affaire dépasse le cas individuel : elle met en jeu la liberté d’expression et la dignité d’un intellectuel respecté, otage des tensions franco-algériennes.
Kaja Kallas peu concernée
La mobilisation citoyenne s’étend : le Comité compte près de 1.400 membres, dont la moitié du Sénat, des centaines de députés, d’anciens Premiers ministres, François Hollande, Nicolas Sarkozy et Gabriel Attal. Les manifestations se multiplient en province, et le soutien médiatique est fort. Seul l’Élysée, à ce stade, n’a pas répondu à la demande de rendez-vous.
Mais la plus grande déception vient peut-être de l’Union européenne : interrogée, Kaja Kallas, Haute Représentante de la politique étrangère, n’a fourni aucune réponse sérieuse. Noëlle Lenoir évoque une désinvolture glaciale, qu’elle n’aurait « jamais imaginée » à ce niveau de responsabilité. « Nous aurions attendu un minimum d’engagement humanitaire. Boualem Sansal est citoyen européen, il a droit à une protection consulaire et à l’intérêt de l’UE », rappelle-t-elle.
La gauche française déchirée
Enfin, Noëlle Lenoir regrette le vote d’abstention du PS sur la résolution parlementaire du 4 mars appelant à la libération de Sansal. Une abstention qualifiée de « fracture » dans la gauche française, tandis que LFI, EELV et les socialistes ont aussi tenté de freiner la résolution en commission. « David Guiraud dit soutenir Boualem ? Qu’il le prouve et demande l’annulation des votes de son parti au Parlement européen », tacle Lenoir.
À une semaine du verdict, fixé au 27 mars, le combat s’intensifie. « Il n’y a rien de pire que l’oubli », martèle la présidente du Comité. Aujourd’hui, la mobilisation se veut massive et déterminée. Pour Boualem Sansal. Pour la liberté. Pour l’honneur.
A.G.
(Photo : Bastien Ohier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)