Le président de la commission d’investigation des pratiques du CPAS d’Anderlecht, dans un long entretien, estime que le reportage paru à la VRT n’est que la partie émergée de l’iceberg en ce qui concerne les suspicions de fraude à l’aide sociale organisée dans la commune.
21News : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les avancées de la Commission chargée d’investiguer les agissements suspects au sein du CPAS d’Anderlecht tels que révélés par l’émission « Pano » de la VRT ?
Denis Ducarme : Nous avons eu à ce jour entre 50 et 60 heures d’audition depuis le début de l’hiver dernier. Nous avons tenu un nombre d’heures d’auditions même supérieur à ce que peuvent tenir des commissions spéciales.
« Les travailleurs sociaux qui sont venus nous parler pendant près de six heures ont peur »
On a même organisé fin de l’année dernière une audition spécifique sous un format jamais organisé à la Chambre par une commission traditionnelle, en l’espèce, pour recevoir six travailleurs sociaux d’Anderlecht, nous avons organisé une commission qui était à la fois à huit clos et au secret. Jamais au cours de l’histoire de la Chambre des auditions parlementaires n’ont été organisées de la sorte. Pourquoi l’ont-elles été comme cela ? Parce que les travailleurs sociaux qui sont venus nous parler pendant près de six heures ont peur. J’ai moi-même du veiller, comme président, à faire rentrer ces témoins par des portes moins connues du Parlement, en début de soirée, pour éviter qu’ils ne croisent qui que ce soit.
21News : Quel genre de pression s’exerçait sur ces personnes ? Comment avez-vous pu avancer dans ce contexte ?
D.D. : Je pense que (les mesures de confidentialité) constituaient l’élément essentiel pour que ces gens viennent témoigner. Au départ ils devaient être neuf, mais trois n’ont pas osé venir, c’est dire combien la pression s’exerce sur ces personnes. Nous avons eu un échange de près de six heures, échanges qui m’ont laissé penser qu’il ne fallait plus parler de suspicion de fraude mais bien de fraude avérée. Ce sont des éléments tangibles, même des numéros de dossier qui nous ont été donnés par certains travailleurs sociaux qui nous ont porté à estimer que le travail ne pouvait pas s’arrêter là. Dès janvier nous avons discuté de la manière dont on devait recommencer à travailler.
« Nous avons eu un échange de près de six heures, échanges qui m’ont laissé penser qu’il ne fallait plus parler de suspicion de fraude mais bien de fraude avérée »
Alors que le gouvernement était en formation, les débats ont été un peu retardés. Certains groupes politiques de l’opposition ont voulu prendre des « propositions de résolution », ce qui constitue sans doute la plus faible des initiatives parlementaires. De mon point de vue toutefois on ne pouvait s’arrêter là ; donc nous nous sommes réunis pour voir comment l’on pouvait continuer les travaux, au regard du fait qu’avec l’arrivée du nouveau gouvernement, les travaux de la Commission des affaires sociales s’organisent en principe sur d’autres sujets.
21News : Qu’avez-vous alors préconisé ?
D.D. : Ce qui m’a importé c’est que nous puissions prendre des recommandations, appelés à être votées par le Parlement. Celles-ci contraignent davantage le Gouvernement qu’un simple texte telle qu’une proposition de résolution. Nous nous sommes mis d’accord sur ce format en majorité car nous tenions à émettre de telles recommandations au regard justement de la gravité des faits. Nous avons même décidé de reconvoquer quelques auditions. Nous recevrons ainsi le 31 mars le bourgmestre d’Anderlecht (Fabrice Cumps, NDLR). Je veux moi-même le confronter avec ce qui nous a été rapporté dans le cadre de l’échange avec les travailleurs sociaux.
« En tout état de cause, le reportage de Pano, n’est qu’un songe, j’insiste, par rapport à la gravité de ce que nous avons pu constater lors de nos entrevues avec les travailleurs sociaux »
Le 7 avril, nous recevrons à nouveau Mustafa Akouz, un deux présidents du CPAS d’Anderlecht, pour le confronter à ce qui nous a paru comme étant – légitimement – scandaleux. Mais en tout état de cause, le reportage de Pano (le reportage de la VRT qui a mis le feu aux poudres, NDLR), n’est qu’un songe, j’insiste, par rapport à la gravité de ce que nous avons pu constater lors de nos entrevues avec les travailleurs sociaux.
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