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« L’IA ne pensera jamais par elle-même… sauf si on la greffe au vivant »

par Nicolas de Pape

Face aux promesses et aux fantasmes de l’intelligence artificielle générale, Luc Ferry trace une ligne claire. Non, l’IA ne sera jamais consciente – sauf fusion avec le vivant. Non, nous ne vivrons pas éternellement dans une noosphère. Mais oui, il faut préparer d’urgence nos enfants à un monde où la majorité des métiers seront balayés. Deuxième partie de notre entretien avec un philosophe qui n’a pas peur de secouer les idées reçues.

21News : Vous croyez à l’AGI – l’intelligence artificielle généraliste – capable de manipuler des milliards de données, mais pas à l’IA forte, qui aurait une conscience d’elle-même. Mais est-ce qu’on peut vraiment exclure que l’AGI finisse par « trouver le chemin d’une conscience » ? Ou au moins en simuler une suffisamment bien pour faire illusion ?

Luc Ferry : Faire illusion, c’est déjà le cas, mais il n’y aura pas d’IA forte, sauf par hybridation avec du vivant. Mais la plupart de mes amis ingénieurs IA pensent l’inverse. Ils ne font pas de différence entre « super IA » et « IA forte », douée de conscience et d’émotions.

Pour bien comprendre les racines de leur conviction (que je ne partage pas…), il faut savoir qu’elle repose en dernière instance sur une définition matérialiste et « computationnelle » de la pensée, sur une conception de l’esprit réduit à un traitement de l’information orienté vers la résolution de problèmes, le mot « computationnel » renvoyant ici à l’idée chère aux neurosciences et à la « philosophy of mind » selon laquelle le fonctionnement de la pensée humaine serait analogue à celui d’un ordinateur, la réciproque étant dès lors tout aussi vraie, comme le pense celui auquel tout le monde fait alors référence, David Chalmers.

« Ce jumeau numérique qu’on rêve d’enfermer pour l’éternité dans la noosphère, sans corps et sans plaisir, ce n’est pas le paradis… c’est l’enfer. »

Stanislas Dehaene se range lui aussi à cette idée. Quand un journaliste du Point lui demande si un robot pourrait un jour être doté de conscience, voici sa réponse : « Je crois que oui, car la conscience est une propriété computationnelle. Certaines machines peuvent déjà établir des cartes de leur environnement ; d’autres, comprendre où se situe le corps du robot ou ce qui peut lui faire mal…»

De fait, si on se place du point de vue d’un matérialisme computationnel, que sommes d’autre nous-mêmes que des machines, sophistiquées, certes, mais machines quand même ? Or nous sommes bel et bien conscients et pleins d’émotions. Le problème des matérialistes n’est dès lors pas de démontrer que des machines pourront penser, ce qui est pour eux l’évidence, mais de convaincre les « rêveurs spiritualistes » que nous sommes déjà des machines. Je pense exactement l’inverse, à savoir, pardon d’y insister mais c’est crucial, que si une IA forte voit le jour, ce sera seulement par hybridation avec le vivant car pour ressentir des émotions et ne pas se contenter de les imiter, il faut du vivant…

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