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Luc Ferry : « L’IA n’est pas une révolution industrielle, c’est une révolution anthropologique »

par Nicolas de Pape

Face au raz-de-marée de l’intelligence artificielle, l’ancien ministre et philosophe Luc Ferry ne mâche pas ses mots. Dans un entretien sans faux-semblants à propos de son dernier essai, « IA, Grand remplacement ou complémentarité » (Éditions de l’Observatoire), il démonte les illusions rassurantes sur la création d’emplois, dénonce l’impréparation européenne et plaide pour une réflexion sérieuse sur la fin possible du travail. Une révolution à la fois technologique, politique… et existentielle.

21News : La vitesse à laquelle la révolution de l’IA nous est tombée dessus est assez vertigineuse. Des labos et des chercheurs y travaillaient depuis un moment, c’est certain. Mais dans les faits, on n’était pas prêts. Surtout en Europe. Comment expliquer qu’une révolution humaine d’une telle ampleur nous prenne de court ?

Luc Ferry : On a tous sous-estimé trois éléments clefs. D’abord les effets de la compétition entre les grandes firmes de la tech chinoise et américaine. Ensuite parce que, soyons sincères, l’IA fait peur et il est évident qu’on a voulu se rassurer et rassurer les salariés face à l’hypothèse désormais plausible du grand remplacement des humains par des machines.

Enfin, la progression des trois paramètres qui boostent l’IA a été fulgurante : puissance hallucinante des derniers ordinateurs (deux milliards de milliards d’opérations/seconde !), qualité des algorithmes, et surtout quantité invraisemblable des données sur lesquelles on entraîne les machines…

21News : Il y a quelques mois, Laurent Alexandre – que j’ai eu l’occasion d’interviewer – affirmait que l’Europe allait être balayée par ce choc technologique. Et qu’aucun leader politique européen n’avait, selon lui, l’étoffe pour relever le défi. Pourtant, en quelques semaines, la Commission européenne a débloqué des centaines de milliards d’euros pour tenter de rattraper son retard. Vous y voyez une vraie prise de conscience, en Europe et en France ?

L.F. : Malgré quelques réussites comme Mistral AI, les USA (et la Chine…) ont des années – et des milliards de dollars – d’avance sur nous. En outre, ils font venir les chercheurs européens chez eux ! On aura beau ouvrir des data centers, le retard n’est hélas pas rattrapable ou pour mieux dire : si on voulait vraiment le rattraper, il faudrait que l’UE se réveille autrement plus vite et plus fort.

Pour l’instant ce sont des mots, pas des réalités, et je crains que Laurent ait raison. C’est d’autant plus préoccupant que ceux qui maîtriseront l’IA maîtriseront le monde, y compris bien sûr sur le plan militaire…

La fin du travail

21News : Une question revient sans cesse, au cœur même de votre essai : la fin – ou pas – du travail. J’ai posé la question à plusieurs optimistes, qui citent les Canuts de Lyon, la machine à tisser, ou plus récemment l’ordinateur portable et internet, qui auraient, selon eux, créé plus d’emplois qu’ils n’en ont détruits. Mais cette fois, n’est-on pas vraiment face à une « singularité » ? Et donc à la fin du travail tel qu’on l’a connu depuis des siècles ?

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