Selon le rapport du Comite d’étude sur les investissements publics (CEIP) et du SPF Santé publique, publié ce 20 mars, atteindre la neutralité climatique en Belgique d’ici 2050 nécessitera des investissements supplémentaires pouvant atteindre 25 milliards d’euros par an, soit 4,3% du PIB. Est-ce tenable vu l’état de nos finances publiques et l’effort de réarmement souhaité par le gouvernement De Wever ?
La transition vers une neutralité climatique nécessite des investissements massifs et une réorganisation profonde des infrastructures énergétiques, de transport, industrielles et du bâtiment. Ce rapport, qui compare 17 scénarios de transition, met en évidence l’ampleur des efforts requis et les arbitrages à opérer entre sobriété, efficacité et innovation technologique.
Les investissements devront principalement se concentrer sur quatre secteurs responsables de 90% des émissions de gaz à effet de serre en Belgique : le bâtiment, les transports, l’énergie et l’industrie.
Défis sectoriels
Le secteur du bâtiment est particulièrement concerné par la vétusté du parc immobilier belge. La rénovation des bâtiments existants et la décarbonation des nouvelles constructions nécessiteront entre 7 et 10 milliards d’euros par an. L’électrification des systèmes de chauffage et l’amélioration de l’isolation thermique sont des leviers incontournables pour réduire à long terme la consommation énergétique.
Dans le transport, les investissements varient fortement selon les scénarios. Une électrification massive des véhicules engendrerait un coût annuel de 14 milliards d’euros, tandis qu’une approche favorisant le covoiturage, le transport public et la réduction des déplacements permettrait de contenir ces dépenses, réduisant même les investissements du secteur d’environ 1 milliard d’euros par an par rapport à aujourd’hui.
Le secteur de l’énergie, moteur de la transition, devra faire face à une augmentation de la demande en électricité et à la nécessité de développer les énergies renouvelables. Le renforcement des réseaux électriques et l’intégration de solutions de flexibilité (stockage, gestion de la demande) nécessiteront entre 3 et 8 milliards d’euros d’investissements annuels supplémentaires.
Enfin, l’industrie devra revoir ses procédés et adopter des solutions bas carbone, un défi qui nécessitera des investissements annuels estimés entre 0,4 et 1,6 milliard d’euros. Ce montant, bien que relativement faible en comparaison des autres secteurs, représente un enjeu majeur pour les entreprises concernées.
L’agrégation des résultats montre que ces investissements colossaux seront en partie compensés par la baisse progressive des coûts opérationnels, notamment grâce à la réduction de la facture énergétique. Toutefois, la répartition de la charge financière entre secteur public et privé demeure une question centrale.
Investissement ou sobriété ?
Le choix des scénarios de transition ne relève pas seulement de l’économie, mais également d’une décision sociétale et politique. Faut-il privilégier des investissements technologiques massifs ou encourager la sobriété et les changements de comportement ? Les incitations publiques seront-elles suffisantes pour mobiliser les financements privés ?
En tout état de cause, le poids de cette transition sur les finances publiques soulève de réelles inquiétudes. Avec une dette publique déjà élevée et la nécessité d’augmenter les dépenses de défense dans un contexte géopolitique incertain, la soutenabilité de ces investissements reste en question. Trouver un équilibre entre ambition climatique et capacité budgétaire sera un défi majeur pour les décideurs politiques dans les années à venir.
La rédaction
(Photo Belgaimage)