Économiste et chroniqueur, Nicolas Bouzou, auteur de « La civilisation de la peur : Pourquoi et comment garder confiance dans l’avenir » (XO Editions, 2024), estime que l’arrivée au pouvoir de Javier Milei en Argentine permet de « tourner le dos à septante années d’incurie économique ». Nous l’avons rencontré après sa conférence de ce dimanche 16 avril à la Foire de livre de Bruxelles.
21News : Si l’on se réfère au fait que l’Argentine présentait il y a un siècle un PIB/habitant qui n’était inférieur que de 25% au PIB américain, quel genre de politiques ont pu participer à ce que le pays décline progressivement de la sorte ?
Nicolas Bouzou : Nous en sommes arrivés là par vagues de politiques « populistes », c’est-à-dire des politiques qui ne considèrent pas que l’économie est du domaine de la connaissance et qui estiment qu’on peut faire ce que l’on veut avec l’économie, que l’on peut la manipuler, que l’on peut intervenir, que l’on peut être protectionniste, que l’on peut nationaliser les entreprises, que l’on peut distribuer de l’argent à n’importe qui en le prenant à n’importe qui, le tout en considérant que tout cela n’aura pas d’impact économique. C’est cela, la politique qui a été menée en Argentine, notamment par les présidents Peron, et Kirchner. Mais en réalité l’Argentine n’est jamais sortie de ce genre de politiques hasardeuses, qui ont fait d’un pays qui était un des plus riches au monde, possédant notamment une quantité importnate de matières premières, à un pays qui a enchainé les récessions et les crises monétaires, à tel point que jusqu’à ce que Javier Milei remporte la présidence, les citoyens argentins avaient une perte de confiance totale dans leurs institutions, dans l’État, dans la monnaie, et c’est à cela que la radicalité de Milei est venue répondre. La radicalité de Milei est donc la réaction naturelle à septante ans d’interventionnisme, et de populisme, un peu comme si la France avait eu à faire face à septante ans de règne de personnalités comme Le Pen et Mélenchon.
21News : Peut-on tirer un parallèle de la façon dont l’Argentine a été gérée et la façon dont le Vénézuéla a sombré en vingt ans ?
N.B. : Au Vénézuéla la politique était plus radicale – il s’agit là d’une politique franchement socialiste : Chavez et Morales étaient des marxistes ; pas du tout comme les Kirchner. Caracas avait notamment axé sa politique sur la nationalisation des moyens de production. Chavez et Morales ont complètement détruit le pays, participant aujourd’hui à ce que le Vénézuéla, qui dispose pourtant des premières réserves prouvées de pétrole au monde, ne dispose même pas de capacités de raffinage. Mais ce sont en tout état de cause deux pays qui ont été ruinés par la politique. De quoi faire réfléchir les électeurs aujourd’hui en Europe : de mauvaises politiques économiques peuvent ruiner un pays ; c’est très concret ! C’est non seulement la pauvreté, c’est le fait de ne pas arriver à se faire payer, c’est l’incapacité de l’État à assurer la sécurité des citoyens, d’avoir des services publics qui dysfonctionnent complètement, tout ce genre de choses. Ceci dit, les situations respectives des deux pays sont incomparables ; l’Argentine « tourne » encore, tandis que la situation au Vénézuéla est franchement intenable.
21News : Sans doute une partie des gens qui s’inscrivent contre le libéralisme ne réalisent pas que les conditions qui ont précisément permis à leur sécurité d’être assurée et à un certain niveau de confort d’être atteint trouvent leur source, précisément, dans une idéologie libérale.
N.B. : Précisément. Le libéralisme, c’est la croyance dans le couple « liberté-responsabilité » : l’humain est libre donc il est responsable – piler philosophique, c’est la croyance dans l’État de droit – pilier juridique ; la loi est la même pour tous, y compris l’État. Enfin, le troisième pilier consiste en la liberté économique, qui permet aux gens de donner le meilleur d’eux-mêmes, pour eux, et pour leur pays. Voilà ce que c’est que le libéralisme. Vous avez donc tout à fait raison de dire que pour que les services publics fonctionnent, pour que la sécurité soit assurée, mais aussi – pour reprendre un sujet important – pour que l’on puisse se défendre contre des agresseurs extérieurs, comme la Russie, potentiellement, il faut une économie prospère, et donc un économie libérale. Le libéralisme est donc la meilleure « assurance protection » à l’intérieur comme à l’extérieur.
21News : Vous disiez au début de votre conférence que Milei reste dans le cadre de l’État de droit tandis que Trump se place hors de la loi. Pourriez-vous un peu élaborer là-dessus ?
N.B. : Quand Elon Musk, qui n’a pas de contrat avec l’administration (ni de mandat politique, NDLR), rentre dans des administrations avec quarante personnes qui n’ont pas de contrat et dit à d’aucuns : « vous êtes virés » et partent avec leurs ordinateurs, ce n’est pas prévu par la loi. Ce n’est donc pas « libéral ». Par ailleurs, en termes de liberté économique, Trump est un protectionniste, Milei est un libre-échangiste, ce qui fait quand même une sacrée différence.
21News : Vous disiez dans votre conférence que Trump est un « mercantiliste » ?
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