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Surenchère des grèves à la SNCB : chaos sur le rail belge, les usagers pris en otage (Édito)

par Demetrio Scagliola

Ce n’est plus une action de grève. C’est une surenchère syndicale folle et vertigineuse, qui risque de transformer la SNCB, un service public historique du pays, en un espace de contestation privatisé par les syndicats des conducteurs de trains. Tout cela pour défendre des intérêts particuliers et, soyons clairs, corporatistes.

Accrochez vos ceintures. Le Syndicat Autonome des Conducteurs de Train (SACT) vient d’annoncer un mouvement de grève d’une ampleur sans précédent, ajoutant une couche supplémentaire au chaos déjà programmé sur le rail belge depuis des semaines.

Dès avril, six jours de grève paralyseront le réseau, suivis de deux semaines de grève par mois à partir de mai. Comme si cela ne suffisait pas, le SACT prévoit également des arrêts de travail tous les vendredis et samedis en juillet et août. Cette escalade irresponsable porte le nombre total de jours de perturbation à plus de 75 d’ici la fin de l’été.

Le festival de l’immobilisme sur le rail

Mais ce n’est pas tout ! La CSC-Transcom et la CGSP Cheminots avaient déjà annoncé 18 jours de grève répartis sur cinq mois, tandis que le syndicat Metisp-Protect prévoit une semaine entière d’arrêt de travail du 23 au 30 mars. C’est un véritable festival de l’immobilisme qui se profile, où les usagers sont les grands perdants.

Les syndicats justifient leur action en invoquant le « manque de respect » du gouvernement et s’opposent aux réformes, notamment au relèvement de l’âge de la pension (fixé jusqu’ici à 55 ans pour les conducteurs de trains) et à la remise en cause de certains privilèges. Mais ne nous y trompons pas : cette spirale infernale qui ne semble avoir aucune limite n’est rien d’autre, en réalité, qu’une prise en otage du service public.

Les conséquences pour les usagers : un mépris total

Les conséquences sur les utilisateurs ? Ils s’en moquent éperdument. Pensent-ils aux travailleurs qui n’ont que le train pour se déplacer, souvent ceux qui ne peuvent économiquement pas se permettre l’achat d’une voiture ? Pensent-ils aux étudiants qui préparent dans l’angoisse et le stress le rush final vers les examens ? Pensent-ils aux navetteurs qui se lèvent à l’aube et se pressent dans des trains bondés pour rejoindre leur travail ? Pensent-ils à l’impact écologique de leur festival des grèves, qui va jeter sur nos routes des milliers de voitures et augmenter les émissions de CO2 ?

À chacune de ces questions, la réponse est simple : non.

La seule chose qui intéresse les syndicats de la SNCB aujourd’hui, c’est la défense d’un statut qui est certes historique, mais qui peut être modifié en fonction de l’évolution de la pénibilité du travail et de l’effort collectif demandé à l’ensemble de la population belge, qui va devoir travailler plus longtemps pour obtenir une pension correcte.

On peut regretter cela, on peut penser qu’il s’agit d’un recul social. Mais dans un contexte budgétaire très difficile, la majorité élue démocratiquement a le droit de mener sa politique. Les syndicats ont évidemment le droit de contester ces mesures, de mener des actions et de s’asseoir à la table des négociations pour obtenir des aménagements plus favorables.

Mais en annonçant un plan de grève tellement déraisonnable qu’il pose des questions sérieuses, profondes et graves sur la crédibilité des syndicats des cheminots, on ne favorise pas la négociation. Les syndicats semblent avoir perdu tout sens des réalités. Ils se lancent dans un bras de fer dont les seules victimes, au final, risquent bien d’être les utilisateurs des trains, la SNCB et tous les cheminots.

Les usagers, les étudiants et les travailleurs ne peuvent plus être les victimes collatérales de ce bras de fer syndical. Il en va de la crédibilité même du service public ferroviaire et de l’avenir de la mobilité en Belgique.

Demetrio Scagliola

(Photo : Belgaimage)

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