L’échange de plus de deux heures entre le président américain et son homologue russe n’a abouti « que » à un cessez-le-feu concernant les infrastructures énergétiques. Pourtant, il pourrait bien être le prélude à une paix durable et historique. Une opinion de Nicolas de Pape.
Quoi qu’on pense de Donald Trump, il était le seul capable de tracer un chemin vers la paix entre la Russie et l’Ukraine. Une paix bien éloignée de celle espérée par les Européens et les démocrates américains, qui rêvaient d’une Russie à genoux et d’une Ukraine récupérant le Donbass, voire la Crimée.. Mais ce vœu pieux, partagé par la plupart des dirigeants européens – à l’exception de Viktor Orbán – n’aurait pu se réaliser qu’au prix d’une interminable « guerre de trente ans » et d’un tribut effroyable en vies humaines, essentiellement des jeunes hommes sacrifiés au champ d’honneur.
Après une séquence d’humiliation homérique dans le Bureau Ovale, Volodymyr Zelensky a rendu les armes avec une certaine élégance. Il a compris que la soumission au grand frère américain était inévitable. L’accord sur les terres rares ukrainiennes – même si leur extraction prendra des années et que les conditions semblent dictées sans marge de négociation – représente la meilleure garantie de protection des États-Unis pour Kiev. Comme l’a rappelé Donald Trump, dans sa guerre commerciale et d’influence contre la Chine, Washington dispose d’une énergie abondante et à bas coût, mais manque cruellement des métaux rares indispensables à la révolution de l’IA. D’autres accords suivront sans doute, imposés par la force peut-être, mais néanmoins profitables à l’Ukraine, tout simplement parce que l’Amérique protège ses intérêts, et que c’est là sa marque de fabrique.
L’Europe au balcon
Après avoir soufflé sur les braises de la guerre et distribué des kits de survie dans une posture alarmiste, Emmanuel Macron a dû se rendre à l’évidence : l’esprit va-t-en-guerre des Européens s’est effondré face au pragmatisme. Il est cruel de l’admettre, mais l’Ukraine – et l’Europe – ont perdu cette guerre. Sans les Américains, le Vieux Continent n’est pas en position de force face à la Russie. Cette dernière demeure une menace cyber et nucléaire, mais l’idée de voir Poutine marcher sur Paris relève du pur fantasme.
Quant à notre réarmement, il prendra au moins vingt ans. Lancer une course aux armements au détriment de l’outil social et industriel serait suicidaire. Se sevrer du parapluie américain est une nécessité, mais c’est une démarche qui aurait dû être entreprise bien plus tôt. Sous sa brutalité, Donald Trump nous offre cette opportunité. Il faut la saisir, sans pour autant basculer dans une économie de guerre qui exigerait des sacrifices insoutenables. En somme, évitons de tomber d’un excès dans l’autre.
Quant à la reconstruction de l’Ukraine, si une solidarité mesurée s’impose, n’oublions pas que les peuples européens ont déjà beaucoup donné dans cette crise. En Wallonie comme dans l’Est européen, des poches de pauvreté persistent. On ne peut aider indéfiniment et sans discernement. Saisir les avoirs russes risque de provoquer des mesures de rétorsion ciblant les actifs européens en Russie (estimés à 12 milliards d’euros rien que pour Total).
Enfin, l’entrée de l’Ukraine dans l’UE, tolérée apparemment par Poutine, ne sera pas sans conséquences, notamment pour les agriculteurs européens. Profondément corrompu, le pays de Zelenski devra mener des réformes drastiques pour devenir véritablement « UE-compatible ». Une intégration qui s’annonce longue, coûteuse et semée d’embûches.
Nicolas de Pape
(Photo : Belgaimage)